Si vous circulez à Saint-Mihiel et traversez le pont, vous passez immanquablement par le carrefour « Claudin », situé rive gauche, reconnaissable à son mini-rond-point.
Mais au fond, pourquoi ce carrefour porte-t-il ce nom ?
Un legs exceptionnel à la Ville
Ce nom rend hommage à Maurice Claudin, décédé en 1996, durant la mandature de Roger Dumez.
Le 10 janvier 1996, M. Claudin rédige un testament par lequel il lègue l’intégralité de sa fortune à la Ville de Saint-Mihiel, sous réserve de verser deux sommes de 100 000 et 200 000 francs à deux parentes. Il décède quelques semaines plus tard, le 27 mars 1996.
Ancien marchand de charbon, homme discret vivant modestement rue Brocard, Maurice Claudin avait, toute sa vie durant, économisé avec rigueur.
La découverte d’un patrimoine insoupçonné
Informée par le notaire, la municipalité procède immédiatement aux premières constatations. Sur place, 15 000 francs en espèces sont découverts dans un tiroir, ainsi que quelques objets de valeur mis en sécurité.
Un inventaire officiel est réalisé dès le lendemain avec le concours de la notaire et des services compétents. Les scellés sont apposés.
Les jours suivants révèlent l’ampleur d’un patrimoine constitué patiemment pendant des décennies :
- Quatre maisons, dont trois locatives en plus de sa résidence principale
- Un compte-titres
- Des comptes bancaires conséquents
- Et un coffre-fort bancaire dont le contenu reste alors inconnu
L’ouverture du coffre, à laquelle nous assistons en qualité d’adjoint aux finances, réserve une surprise majeure. Il faudra une après-midi entière pour en dresser l’inventaire :
- 5 lingots d’or
- Plus de 500 louis d’or et diverses pièces
- 382 500 francs en billets soigneusement rangés
- Des bijoux et pièces en argent
À l’époque, le contenu du coffre est estimé à près de 900 000 francs. Avec la valorisation actuelle de l’or, ce montant serait aujourd’hui au moins dix fois supérieur.
Un patrimoine total de 9,2 millions de francs
Au final, la succession est évaluée à 9,2 millions de francs, soit environ 1,4 million d’euros au nominal.
Le portefeuille de titres représente à lui seul 6,9 millions de francs. Il comprend notamment des actions de :
- Air Liquide
- Total
- Eurazeo
- Foncière Lyonnaise
- Société Générale
- BNP
Ainsi que quelques obligations arrivées à échéance.
Que sont devenus ces biens ?
La Ville a agi avec une double logique : sécuriser l’héritage et le faire fructifier.
- La maison personnelle rue Brocard et plusieurs maisons locatives ont été vendues, apportant des recettes immédiates à la commune.
- Les liquidités, lingots et biens mobiliers ont été intégrés aux finances municipales.
- Une maison située au 28 rue Brocard a été conservée et louée pendant 18 ans aux mêmes locataires. Elle a fait l’objet d’une rénovation exemplaire en 2018-2019 (norme BBC) avec d’importantes subventions. Elle est aujourd’hui toujours louée.
- Environ un quart du portefeuille d’actions a été cédé entre 2005 et 2010 pour financer le budget communal.
La partie restante valait environ 880 000 € en 2014. Elle atteint aujourd’hui près de 1 270 000 €.
En 2025, elle a généré 49 000 € de dividendes, contribuant à l’équilibre budgétaire et au financement d’investissements structurants, notamment l’aménagement des bords de Meuse, dont la promenade des Dragons et les équipements liés au canoë-kayak.
Nous avons fait un choix stratégique : ne pas toucher au capital, mais utiliser uniquement les fruits qu’il produit.
Pourquoi couper un pommier qui donne des pommes, vendre le bois, et se retrouver ensuite sans récolte ?
Le carrefour Claudin : un symbole
L’aménagement du carrefour Claudin et de ses abords a mobilisé environ 2,4 millions de francs à l’époque, absorbant une grande partie des liquidités issues de la succession.
Ce carrefour n’est donc pas qu’un nom : il est le symbole concret d’un héritage transformé en investissement public.
Une situation unique pour une commune
La détention de ce compte-titres constitue une situation exceptionnelle. En effet, les collectivités locales n’ont pas le droit d’investir directement en actions cotées. Seul un héritage en titres permet à une commune de percevoir durablement des dividendes d’entreprises.
À l’inverse, les placements classiques autorisés (bons du Trésor, produits de trésorerie) subissent l’érosion de l’inflation.
Cet héritage représente donc une chance rare pour Saint-Mihiel :
un capital préservé, des revenus annuels réguliers, et la possibilité de financer chaque année des projets utiles à la population — conformément à l’esprit du donateur.
Le legs Claudin n’est pas seulement un souvenir du passé.
C’est un levier d’avenir pour notre Ville.